Edouard Doigneau. Le livre qu'il méritait


Edouard Doigneau (1865-1954), vers 1919 dans son atelier parisien boulevard Berthier. (Collection famille Doigneau)


Célèbre, entre autres par sa « Ronde des petites Bigoudènes », le peintre Edouard Doigneau méritait bien un ouvrage consacré à son oeuvre abondante. Ce superbe livre vient d'être présenté à Ti ar Vro Quimper. Paule Boucher-Doigneau, petite nièce du peintre et Anne-Marie Lemoussu-Chiron, conférencière et professeur d'histoire de l'art viennent de réaliser l'ouvrage qu'il fallait pour mettre à la postérité populaire l'oeuvre d'un génie. Avec le coup de déclencheur avisé de Bernard Le Floc'h, de l'Institut culturel de Bretagne, les deux auteurs, ont forcément été motivées à mille pour cent. Mme Lemoussu-Chiron étant par ailleurs commissaire d'expositions et responsable de la Maison Marie-Henry au Pouldu (Clohars-Carnoët) qui consacra une exposition au peintre. Édité par la Coop-Breizh, dans sa luxueuse série des Livres d'Art (Toulhouat, Yves-Marie Péron, Jacques Burel, etc.), ce livre reproduit pas moins de 170 tableaux, études et dessins, classés selon les « périodes géographiques » d'un artiste féru de lumières.

Polytechnique

Peintre dans l'âme et le talent, le jeune Doigneau, issu d'une famille bourgeoise, passera d'abord par l'École polytechnique (20/20 en dessin !) et un début de carrière militaire avant de décider de vivre pleinement d'un art qu'il entretenait déjà avec assiduité. Et cela marchera très bien pour lui, quasiment depuis le début, au contraire de grands maîtres qui rameront si longtemps, voire toute une vie. Subtile, éclatante de luminosité, au figuratif aérien et précis, son oeuvre, qu'elle soit d'huile, d'aquarelle ou simplement dessinée, s'est baladée de Bretagne en Orient en passant par une Camargue aussi vivante qu'envoûtante.

Superbe Bretagne !

Quant à la Bretagne, et la Cornouaille en particulier, l'artiste lui a offert quelques joyaux charnels. On devine, devant ses scènes de Concarneau, Sainte-Anne-la-Palud, Loctudy ou Locronan, combien l'homme a voulu livrer son émotion sur la toile ou le papier. Le point d'orgue de cette période armoricaine étant, bien entendu, la fameuse ronde des petites Bigoudènes qui lui valut la médaille d'or du Salon des Artistes français en 1906. Aujourd'hui propriété de l'État, la toile attend d'être restaurée dans les sous-sols du Petit Palais. Amateur averti de peinture ou non, il est impossible de ne pas craquer pour cette oeuvre à travers un ouvrage sublime. Edouard Doigneau par Anne-Marie Lemoussu-Chiron et Paule Boucher-Doigneau aux éditions Coop Breizh. 143 pages ; 40 euros

source le télégramme 24 octobre 2008