Maurice Chabas (1862-1947), peintre et messager spirituel 5/5

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Maurice Chabas (1862-1947) L’Eclipse ou Les Neuf sphères, s.d.  Huile sur toile - 22 x 27 cm
Paris, collection particulière Photo : X. Grandsart


La fin de sa vie fut en effet assombrie par la guerre et une sorte de désespérance dans l’humanité le gagna : les œuvres cosmiques en portent alors quelque peu la trace, une sorte d’accélération du mouvement qui allie fascination et sentiment de menace, mais l’artiste y persiste dans son syncrétisme et mêle une énigmatique figure divine au spectacle d’un univers cosmique comme dans Espace et matière. Le mur qui présente un ensemble de ces œuvres, dont celles conservées par le Fonds municipal d’Art contemporain de la Ville de Paris, est d’une grande beauté. La dynamique des formes, la qualité des couleurs révèlent une véritable adéquation entre le contenu philosophique et la forme, ce qui manquait parfois dans les œuvres précédentes. On regrette de ne pas posséder un plus grand nombre de peintures de cette série, encore à découvrir, et elles mériteraient d’être plus souvent exposées, y compris dans des musées d’art moderne et contemporain où elle ne souffriraient certainement pas de leur voisinage (à Ténériffe, ces peintures voisinaient à juste titre avec Kupka). L’ultime tableau de Chabas, un hommage à Teilhard de Chardin (montré seulement à Bourgoin-Jallieu) laisse penser que le peintre, dans une vision un peu apocalyptique, espérait toutefois la naissance d’un nouvel humain dans un univers plus pur et plus juste.


Maurice Chabas (1862-1947)  La Spirale d’or, s.d.  Huile sur toile - 32 x 40 cm
Paris, Fonds municipal d’art contemporain Photo : X. Grandsart

La lecture du catalogue de l’exposition, conçu comme un livre et entièrement dû à Myriam de Palma, permet de comprendre ce parcours singulier, d’expliquer ses excès, d’en retrancher les œuvres de circonstance ou les paysages qu’un appétit forcené de voir et d’aimer dictait à un peintre doué d’une énergie débordante. Il communique surtout une riche documentation sur l’artiste, ses amitiés, le contexte spiritualiste ; on apprend vraiment beaucoup de choses et, au-delà de Chabas lui-même, c’est tout un pan de l’histoire des idées, tout particulièrement avant et juste après la première Guerre mondiale qui est enrichi : c’est une mine pour les chercheurs. Plusieurs œuvres ou aspects de sa carrière qui ne sont pas abordés à Pont-Aven, mais seront partiellement présentés à Bourgoin-Jallieu, sont évoqués, dont les commandes monumentales, le décor de la Mairie du XIVe arrondissement de Paris, concours remporté très tôt par l’artiste et révolutionnaire par son sujet familier plutôt qu’allégorique, les salles des fêtes des mairies de Vincennes et de Neuilly, le Train bleu, gare de Lyon à Paris, et d’autres travaux dont celui de la gare de Lyon-Perrache, L’Art de la soie, malheureusement disparu mais pour lequel subsistent des projets et de très beaux dessins.



Maurice Chabas (1862-1947) Espace et matière, s.d. Huile sur toile - 151 x 120 cm
Collection particulière Photo : J.-O. Rousseau

A travers l’accrochage serré du Musée de Pont-Aven, grâce à la perspective de certains prêts pour la seconde étape de l’exposition et avec l’acquis du catalogue, première publication monographique consacrée au peintre, c’est bien tout l’univers de Chabas qui, tel un monde englouti, ressurgit. On doit remercier les deux institutions qui ont le courage de présenter un artiste un peu oublié, inclassable, visionnaire, d’une élévation de pensée incontestable et à l’œuvre souvent fascinante. Ses aspirations rejoignent d’ailleurs bien souvent celles de notre époque : dans les discours qui ont accompagné l’inauguration de cet événement, les représentantes du Musée, de la DRAC et Madame le Maire de Pont-Aven elle-même n’ont-elles pas précisé que la future orientation du musée rénové et agrandi de la ville sera fortement liée à la peinture « spirituelle » ? L’assistance nombreuse et l’accueil fait à l’exposition laissent penser que le « message » de Maurice Chabas n’était peut-être pas tout à fait utopique.

Jean-David Jumeau-Lafond










Source la tribune de l'art

Publié dans musée de Pont-Aven

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