Maurice Chabas (1862-1947), peintre et messager spirituel 4/5

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Maurice Chabas (1862-1947) Vision, s.d. Fusain et rehauts de craie blanche sur papie - 42 x 56 cm
Collection particulière Photo : J.-O. Rousseau


Les œuvres spécifiquement spiritualistes forment évidemment la partie la plus remarquable du travail de Chabas. On sait que le peintre explorait les ressorts secrets de l’univers et de « l’âme » et qu’il croyait fermement en la vie de l’au-delà. Dès le premier Salon de la Rose+Croix, en 1892, il exposait une Erraticité, hélas perdue et jamais reproduite intégralement, mais dont les descriptions des critiques permettent de deviner le thème général : une sorte de chevauchée éperdue des âmes vers les sphères cosmiques. On y reconnait les visions astrales qui l'occuperont jusqu’à sa mort. Car si le peintre recevait dans son atelier des mystiques hindous, des prélats de premier rang comme Mgr Baudrillart, mais aussi Léon Bloy, Lucien Lévy-Bruhl, René Guénon, Maurice Maeterlinck ou Edouard Schuré, l’auteur des Grands initiés, s’il était en termes amicaux avec la reine Elisabeth de Belgique, il fréquentait aussi Paul Richet, prix Nobel de médecine et surtout Camille Flammarion, le plus illustre des astronomes. Ce sont les conversations avec ce dernier, à l’observatoire de Juvisy-sur-Orge et leur contemplation conjointe des étoiles qui inspirèrent le peintre, soucieux de bâtir ses visions sur des bases scientifiques : en alliant la vision de ces mondes inconnus et merveilleux à sa conception très personnelle du christianisme, il élabora un système de représentation qui tente de formaliser le destin des âmes ; ces œuvres étaient ensuite projetées lors de conférences avec des photos stellaires et des commentaires du peintre. Parmi ces travaux, on compte plusieurs étapes : des dessins mouvementés et souvent monochromes dans lesquels des visages ou des corps contemplent des spectacles irréels comme avec la Vision  ou aspirent à une espèce de tourbillon salvateur (et parfois non sans une sorte d’extase joyeuse), puis des envols collectifs d’âmes flottant dans l’éther vers des sphères lointaines . Ces œuvres sont la meilleure part de la production du peintre, ses créations les plus originales et les plus inspirées. Allant plus loin dans cette vision, Chabas, au fil des années, se mit à peindre des impressions cosmiques et des formes étranges quasiment abstraites, aux couleurs vives, parfois fulgurantes, parfois inquiétantes : L’Eclipse ou les neuf sphères, La Spirale d’or . Ces œuvres sont plutôt à dater des années 1920-1930. Bientôt, un sentiment apocalyptique se mêle à l’espoir de survie.


Maurice Chabas (1862-1947) Transmigration, vers 1900 Huile sur toile - 54 x 73 cm
Paris, collection particulière Photo : D.R.

Jean-David Jumeau-Lafond

Publié dans musée de Pont-Aven

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