Maurice Chabas (1862-1947), peintre et messager spirituel 2/5

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Maurice Chabas (1862-1947) Paysage Huile sur toile - 55,5 x 46,5 cm
Quimper, Musée des Beaux-Arts  Photo : Quimper, Musée des Beaux-Arts


Plus profondément, cette attitude finalement assez particulière du peintre vis à vis des questions techniques et esthétiques trouve une explication dans ses préoccupations profondes. Maurice Chabas était un humaniste et un spiritualiste avant tout et la peinture devait, à ses yeux, refléter la vie de l’âme, élever l’esprit, manifester l’expression d’une beauté située très au-delà des contingences matérielles et même sauver le monde. Chabas s’est d’ailleurs amplement exprimé à ce sujet, ce que révèle le catalogue de l’exposition en livrant maintes sources inédites. A cause même de cette position, issue des liens du peintre avec le mouvement symboliste et avec les milieux spiritualistes et ésotériques (dans une sorte d’appétit sans bornes, il fréquenta aussi bien les théologiens les plus éminents que les théosophes, la Rose+Croix de Joséphin Péladan, la Société métapsychique, des yogis qui lévitaient dans son atelier, des spirites qui lui firent voir des ectoplasmes et d’autres cénacles du même ordre dont on sait qu’ils fleurissaient dans cette période de questionnement métaphysique), Chabas refusait de s’inféoder à une esthétique et ne considérait pas les questions de chapelles esthétiques comme représentant le moindre intérêt. Ce catalogue très nourri révèle les convictions du peintre, son admiration pour le ciel, la beauté des paysages comme expression divine, le sentiment d’une vie autonome des œuvres créées, l’appétit de représenter l’esprit et, in fine, sa certitude quant à la survie de l’âme. Avec une telle hauteur de « vue », comment s’arrêter à des questions de touches et de lignes, de partis pris picturaux, de style ? L’art était pour Chabas un moyen d’atteindre à un autre monde et non une fin en soi. Là est la clé de l’œuvre d’un artiste dont, en effet, l’exposition des tableaux ne peut être réellement comprise sans elle. Ainsi, l’appartenance de Maurice Chabas au Symbolisme ne fait-elle aucun doute, mais il en relève finalement moins par ses visions antiquisantes du début, séduisantes parfois, souvent aussi assez faibles, que par la pénétration psychologique de certains paysages et surtout par les œuvres purement spiritualistes.

Jean-David Jumeau-Lafond

Publié dans musée de Pont-Aven

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