Les secrets de l'oie dans la Maison marie Henry

Publié le par Ghislaine Huon

En 1989 a commencé une aventure qui a réuni pendant vingt ans des hommes et des femmes autour d’une belle idée : conserver et transmettre la mémoire d’autres hommes, des peintres et d’une autre femme, Marie-Jeanne Henry, faire revivre leur histoire et les lieux où ils vécurent.

L’idée a germé à la suite de l’exposition « Le chemin de Gauguin, genèse et rayonnement », qui eut lieu du 7 octobre 1985 au 2 mars 1986, au Musée Départemental du Prieuré à Saint-Germain-en-Laye. Pour la première fois était mise en évidence l’importance du Pouldu dans l’histoire de l’art, à travers la reconstitution documentaire de l’auberge de Marie Henry.

A Clohars-Carnoët, au cours du week-end de Pâques 1989, Marie-Amélie Anquetil, conservateur du Musée du Prieuré et Jean-Marie Cusinberche, concepteur de la reconstitution, Marcel Raoul, maire de Clohars-Carnoët, Gérald Bourlon, maire-adjoint, ont fondé l’ambitieux projet de faire renaître un pan entier de cette histoire de la peinture, connue des érudits et des amateurs d’art, mais ignorée par la plupart des habitants de la région. Quelques jours plus tard, le 7 avril, le conseil municipal décidait de lancer les travaux.

Contrairement à Pont-Aven qui avait depuis longtemps établi sa notoriété avec les mêmes artistes, Le Pouldu, plus sauvage, plus travailleur et pudique, les considérait, de mémoire, avec un regard réservé et moins favorable. Au Pouldu, il n’y avait aucune plaque, hormis un petit mémorial dédié, en 1958, au groupe de peintres de Gauguin, près de la chapelle Notre-Dame de la Paix, aucun aménagement touristique, hormis la Galerie de Kerzellec de Jean et Ellen Fontaine, située dans la ferme peinte par Gauguin, pour évoquer l’extraordinaire atout culturel, et l’ensemble unique au monde, qui aurait pu être conservé en 1924.

Il fallait donc mettre en valeur ce patrimoine historique et l’occasion était donnée par l’anniversaire du centenaire de l’arrivée de Paul Gauguin au Pouldu, qui se profilait. Et comment mieux célébrer cet événement qu’en refaisant à l’identique l’ancienne Buvette de la Plage, la Maison Marie Henry ?

Dès lors, dans un grand élan, avec beaucoup d’énergie, les compétences, les volontés, les moyens et je dirais beaucoup d’amitié aussi, ont été réunis avec enthousiasme, pour réaliser ce projet. Jean-Pierre Brunerie, architecte, Christian Dulac, Gérald Bourlon, Françoise Witté, des artistes, des artisans, des habitants de Clohars-Carnoët et beaucoup d’autres apportèrent leur contribution bénévole.

 

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Billet d’entrée de La Maison MARIE- Henry 1989

(cliquez sur les images pour agrandir)

 

C’est ainsi que le 8 juillet 1989, la Maison Marie Henry ouvrait ses portes au public, en présence de Charles Miossec, président du conseil général du Finistère, Louis Le Pensec, ministre des DOM-TOM et porte-parole du gouvernement et, conduisant une délégation polynésienne, M. Ioane Témauri, ministre du développement polynésien.

 

C'est carrément un morceau entier du mur de l'ancienne Buvette de la Plage, "l'Oie" peinte par Paul gauguin qui était revenu. Ses propriétaires M. et Mme Isadore Lévy étaient présents aussi. Et c'est un peu étourdi par la presse que le peintre Isadore Lévy1, très âgé, racontait encore une fois comment il avait identifié, 65 ans plus tôt, en juillet 1924, les oeuvres de Gauguin, de Filiger, de Meyer de Haan, mises au jour par Henri Tromeur qui travaillait à arracher les couches de papier peint.

 

Les spécialistes contactés ne répondant pas à son alerte et pour éviter une destruction certaine, il commanda une série de photographies in situ et fit minutieusement découper le mur ouest de la salle à manger pour démonter « La Jeanne d’Arc » et « l’Oie » de Gauguin. Grâce à l’oncle de Madame Lévy, qui était ingénieur de la SNCF, on a pu faire spécialement arrêter un train à Quimperlé pour convoyer les caisses qui contenaient les précieuses fresques.

Paul Sérusier, alors retiré à Châteauneuf-du-Faou, se dérangea et reconnut la phrase de Wagner qu’il avait inscrite sur le soubassement en 1890.2

« L’Oie » migra vers d’autres contrées. Les époux Lévy partirent aux USA en 1934 et revinrent en France en 1950.

 

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Photo Ouest France 10 juillet 1989

Les photographies de Maurice Gourrier ont été des documents fondamentaux pour parvenir à la reconstitution de la salle à manger.

Le couple Lévy a consenti au prêt gracieux de « l’Oie » à la condition exclusive que l’oeuvre fragile soit insérée dans le mur par Thaddée Wilczynski, restaurateur de tableaux, seul habilité à y toucher.

Cette année 1989, les visiteurs ont pu aussi voir dans la Maison Marie Henry, la Bible de Meyer de Haan, prêtée par le musée de Saint Germain-en-Laye. Datant de 1572, elle était si volumineuse que le peintre, de petite taille, peinait à la porter.

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La maquette de la Buvette de la Plage, réalisée en 1985 pour le musée du Prieuré de Saint Germain-en-Laye, était exposée et un parcours documentaire et biographique évoquant les peintres et Marie-Henry accueillait les visiteurs dans une salle annexe, louée pour l’occasion, ils entraient ensuite dans la maison pour une visite guidée.

 

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Ouest France 31 juillet 1989

Dans un premier temps, l’exploitation de la maison a fonctionné en régie, avec le percepteur. Mais ce mode de gestion a très vite montré ses limites, sa lourdeur ne permettant pas une organisation adaptée et huit mois seulement après l’ouverture de la Maison Marie Henry, le 28 mars 1990, Marcel Raoul, rendait compte au Préfet du Finistère de la création de l’Association des Amis de la Maison Marie Henry dont le but était de faire connaître la collection Marie Henry et les peintres qui avaient séjourné dans sa maison.

 

 

 

 

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Jean-Marie Cusinberche, documentaliste et concepteur de la reconstitution et Ghislaine Huon, sous « L’Oie » de Paul Gauguin, le 22 septembre 1989.

 

1 Isadore Lévy est né en 1899, en Pennsylvanie, aux USA. Jeune peintre, il découvre la France en 1920. En juillet 1924, il est accompagné du peintre américain Abraham Rattner lors de son passage au Pouldu. Avec son épouse, Marie-Joseph Renié, il retourne aux USA en 1934. Ils sont de retour en France, avec leur fille Colette, en 1950.

2 Article du Docteur René Guyot et Albert Laffay. Ouest France 20 août 1963.

 

 

Ghislaine Huon

 

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