Lancement d’une souscription : un Gauguin pour Lyon

Publié le par ebft

La commission consultative des trésors nationaux vient d’accorder ce label à un relief peint de Paul Gauguin (ill. 1), actuellement conservé dans une collection particulière à l’étranger. Le Musée des Beaux-Arts de Lyon, qui souhaite acquérir l’œuvre, lance un appel à souscription.

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1. Paul Gauguin (1848-1903), Pape Moe (Eau mystérieuse), 1894
Bois de chêne polychrome - 81,5 x 62 x 5 cm, Collection particulière
Photo : Musée des Beaux-Arts de Lyon


Cette sculpture fait partie d’un ensemble de quatre dont les autres éléments appartiennent à une collection particulière suisse. La composition1 est inspirée d’une photographie de Charle-Georges Spitz (ill. 2), Maori buvant à une chute d’eau, prise à Tahiti en 1888. Il y mêle une référence à un récit de Pierre Loti Le Mariage de Loti qui se déroule également à Tahiti ainsi qu’à des légendes polynésiennes où il est question d’une jeune fille et d’une source. En 1893, Gauguin peignit une peinture sur ce thème qu’il intitula Pape Moe (Eau mystérieuse) (ill. 3), exposée Galerie Durand-Ruel, aujourd’hui à Zürich, Fondation Anda-Bührle, puis réalisa une aquarelle (Art Institute de Chicago, ill. 4) et enfin un monotype avant de sculpter ce panneau qu’il compléta ensuite de trois autres représentant des figures mythologiques polynésiennes.

 

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2. Charle-Georges Spitz (1857-1894), Maori buvant à une chute d’eau, 1888
Photographie, Photo : Wikimedia Commons

 

L’entrée dans les collections françaises de ce Gauguin est souhaitable, non seulement pour ses qualités esthétiques et son importance évidente mais aussi parce que l’objet était convoité par le Louvre Abou Dhabi. La procédure imposait qu’il le propose d’abord au Musée d’Orsay qui, en sa qualité de « grand département 2 », a prévenu le Musée des Beaux-Arts de Lyon. Celui-ci conserve déjà un important tableau de Paul Gauguin (Nave nave mahana) d’une date proche (1896) de celle où ce relief a été exécuté. De plus, parmi son fonds important de sculpture française du XIXe siècle, Gauguin est l’un des seuls grands artistes qui n’est pas encore représenté.

 

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3. Paul Gauguin (1848-1903), Pape Moe (Eau mystérieuse), 1893
Huile sur toile - 99 x 75 cm, Zürich, Fondation Anda-Bührle Photo : Wikimedia Commons

 

On soulignera à cette occasion le cercle vertueux pour le mécénat dans lequel le musée lyonnais est entré depuis l’acquisition du Nicolas Poussin. Dix-sept entreprises avaient alors joint leurs forces 3 afin de permettre l’achat de ce chef-d’œuvre. Cette action commune a généré la volonté de poursuivre ensemble l’aventure à travers une réunion de mécènes, le club du Musée Saint-Pierre, réunissant pour l’instant onze membres fondateurs 4. La structure s’est constituée en fonds de dotation, nouvelle possibilité offerte par la loi française qui s’apparente à l’endowment fund américain. Chaque membre s’engage sur trois ans à apporter 50 000 € par an 5. D’autres entreprises pourraient entrer dans ce club, notamment à l’occasion de l’achat de ce Gauguin.
Enfin, un autre club destiné aux mécènes privés (et relativement fortunés) a été créé, le cercle Poussin, dont la cotisation annuelle varie de 1000 à 3000 € 6.

 

Didier Rykner

 

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4. Paul Gauguin (1848-1903), Pape Moe, (Eau mystérieuse), 1893
Aquarelle - 35,2 x 25,5 cm, Chicago, Art Institute, Photo : Wikimedia Commons

 

1- Les éléments d’historique que nous donnons ici sont tirés d’une étude effectuée par Stéphane Paccoud, conservateur au Musée des Beaux-Arts de Lyon.

2- Ce qui équivaut à un rôle de conseil pour les musées français sur la période 1848-1914.

3- Rappelons tout de même le rôle positif et important joué par le Louvre à cette occasion.

4- Les onze entreprises sont : Biomérieux, Caisse d’épargne Rhône-Alpes, CIC Lyonnaise de Banque, Crédit agricole Centre-est, Dixence, Financière Norbert Dentressangle, GL-Events, KPMG, MAZARS, SEB et Toupargel.

5- Les entreprises bénéficient sur ces sommes d’une crédit d’impôt de 60% des sommes versées, dans la limite de 0,5% du chiffre d’affaire, et de contreparties valorisables à hauteur de 25% de la somme. Un versement de 50 000 € ne coûte donc réellement que 7 500 €. Pour les trésors nationaux, le crédit d’impôt est de 90%.

6- Pour participer au club du Musée Saint-Pierre ou au cercle Poussin, se rapprocher d’Agnès Cipriani, chargée du développement et du mécénat au Musée des Beaux-Arts de Lyon.

 

Source la tribune de l'art

 

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