La gratuité dans les musées. Pour ou Contre?

Publié le par ebft

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À la suite d’André Cariou (sur notre photo en haut, à droite), directeur du musée des Beaux-Arts de Quimper et de Marie-Hélène Jouzeau (sur notre photo, en bas, à droite), du château des Ducs, à Nantes, donnez votre avis sur le site de Ouest France.



La gratuité d’entrée dans les musées, un outil réellement efficace de démocratisation culturelle ?


Tout le monde est d’accord pour aller dans le sens d’une démocratisation culturelle et donc réduire dans la mesure du possible, les obstacles à la visite d’un musée. A la différence du théâtre ou de l’opéra, il y a une tradition de gratuité depuis la création des musées, un dimanche par mois, en direction des plus modestes, car le musée est avant tout un lieu d’éducation contenant un patrimoine qui appartient à tous.
Mais les expériences de gratuité montrent que la fréquentation, en hausse au début, régresse par la suite et que les visiteurs qui en profitent ne sont pas les plus défavorisés. Une entrée gratuite peut être considérée comme dévalorisante pour le musée. On sait que les recettes d’entrées, qui constituent une part non négligeable dans le budget, sont alors perdues et jamais vraiment compensées. Ne faire payer que les expositions temporaires n’est pas non plus toujours une solution en raison de problèmes de mise en œuvre.
Plusieurs solutions pragmatique permettent toutefois de trouver la bonne voie : accorder la gratuité à tous les jeunes jusqu’à 18 ans ainsi qu’aux étudiants, chômeurs et titulaires des minima sociaux, organiser des journées gratuites médiatisées comme la Nuit des musées, les Journées du patrimoine et certains jours dans l’année, faciliter la fidélisation par les abonnements ou l’adhésion à une société d’amis du musée, maintenir les tarifs à un niveau raisonnable de l’ordre de 4/5 €, etc.
Au musée des beaux-arts de Quimper, nous expérimentons depuis deux ans une gratuité partielle, le dimanche après-midi pendant les cinq mois de basse saison : les visiteurs ont plus que triplé et leurs achats à la boutique compensent presque le manque à gagner des recettes d’entrée.

André Cariou
Directeur du musée des beaux-arts de Quimper




La gratuité ne suffit pas à favoriser l’accessibilité

La gratuité d’entrée au musée est une des valeurs fondatrices du musée, elle fait partie de leur idéologie originelle et demeure une sorte d’idéal de partage de la culture. Or, aujourd’hui, chacun sait que la gratuité ne suffit pas à favoriser l’accessibilité. Il faut donc se garder de toute position fondamentaliste en la matière. Si l’objectif du musée est d’accroître l’accessibilité physique et intellectuelle aux collections, d’élargir et diversifier la fréquentation, la mise en œuvre de politiques volontaristes et spécifiques en faveur des publics s’impose, politiques qui ne sont pas nécessairement antinomiques avec l’entrée payante.

La gratuité ciblée, occasionnelle est un des outils de ces politiques d’incitation, et seulement un.

La question relève du rôle social du musée, dans une société marchande qui n’épargne ni la culture, ni l’éducation. Atteindre les publics requiert une panoplie très large et concertée de moyens d’action, dont la gratuité choisie de manière stratégique peut se révéler beaucoup plus efficace que la seule levée des supposées barrières à l’entrée du musée.

Etre et se sentir invité, accueilli, considéré, accompagné, enrichi, autonome, tel est le véritable enjeu de ce qui se cache derrière le débat de la gratuité ou non. Un grand nombre de musées payants offrent des plages, des jours de gratuité, mais sait-on précisément qui vient ces jours-là ?

Sans une relation active du musée avec les publics, à partir de leurs caractéristiques sociales particulières et une approche ciblée des groupes et individus, la gratuité risque de n’être qu’un gadget rassurant et démagogique, qui ne sert en rien l’accessibilité au plus grand nombre.

Marie-Hélène Jouzeau,
Directrice du Musée du château des Ducs, à Nantes.



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