Des bouffées d'espoir dans un monde matérialiste

Publié le par ebft


Le musée de Pont-Aven expose Maurice Chabas depuis samedi. Interview d'une spécialiste, Myriam de Palma.

Comment peut-on résumer Maurice Chabas?

Toute sa vie a été influencée par le mysticisme qui imprégnait la société de son époque. En s'intéressant aux découvertes scientifiques, il a conforté ses théories spirites. L'astronomie, pour lui, cela montre que l'univers était infini et donc qu'il existe des réalités imperceptibles par nos sens. C'est l'époque de la découverte des rayons X aussi... L'astronome Camille Flammarion était son ami, qui s'intéressait aussi à ces questions. Chabas a représenté la survie après la mort, des gens pensifs, qui regardaient vers le ciel, puis il a peint l'envolée de l'âme dans le cosmos, de façon de plus en plus abstraite. Avec une volonté de syncrétisme, d'englober toutes les religions.

Pourquoi vous être particulièrement intéressée à lui?

Depuis mon adolescence, je me suis intéressée au symbolisme littéraire. Puis à l'histoire de l'art. Cette peinture est porteuse de message. Il y a une osmose avec la musique et littérature de cette époque. Les tableaux de Maurice Chabas étaient projetés au son de musiques lointaines dans des séances à l'observatoire de Juvisy-sur-Orge, dans des sociétés ésotériques ou chez des particuliers. C'est un beau message d'idéalisme, d'ère nouvelle, de paix avec la nature. C'était un peu utopiste mais il y a toujours cru.

Son oeuvre a-t-elle évolué?

Il a vécu la Seconde Guerre mondiale comme une période préapocalyptique. On voit dans ses tableaux de cette époque une fureur, un fracas, des choses tourbillonnantes. C'était la fin de sa vie. Il s'est replié sur lui-même, il attendait la mort comme une délivrance, pour rejoindre le cosmos, tout ça (elle sourit). Cela dit, il a commencé à peindre des foetus cosmiques, annonçant comme une lueur d'espoir, une gestation dans les cieux... Ils ne sont pas exposés ici.

Que diriez-vous à ceux de nos lecteurs que l'art n'intéresse pas, pour les inciter à venir?

C'est une peinture qui retrace une époque où la science, l'art et le spirite marchaient conjointement sur les chemins de la connaissance. Ce sont des questions métaphysiques très actuelles, qui ouvrent des voies nouvelles. Ce sont des bouffées d'espoir dans un monde très matérialiste, mécanisé, une échappatoire vers le rêve, l'onirisme...

Quelle réaction ont les gens devant cette oeuvre?

Ils sont surpris de voir sa variété. Certains observateurs se sont demandés, à l'époque, s'il n'y avait pas huit peintres sous ce nom! C'est vrai que Chabas est un peu inclassable. On trouve des techniques très différentes. Des choses post-symbolistes, plus classiques, des teintes différentes... Avec un fil conducteur: le mysticisme, la recherche d'un idéal. Il voulait influencer le spectateur, que son âme s'élève aussi. Il se sentait investi d'une mission sociale. Par ailleurs, beaucoup de tableaux ont été peints dans la région, mais sans coller à la réalité. Un tableau était, pour lui, porteur de message, il ne devait pas être une photographie.

Recueilli par David Cormier

Source Le Télégramme édition du 12 Octobre 2009

Publié dans musée de Pont-Aven

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