Peintres roumains (3/5). La rencontre de Penmarc'h

Publié le par ebft


«Chapelle Notre-Dame-de-la-Joie (Penmarc'h)», huile sur toile, 1904-1906, par Stefan Popescu (Collection Musée national d'art de Roumanie, galerie d'art roumain moderne).

Troisième volet de notre série consacrée à l'exposition «Peintres roumains en Bretagne» au Musée breton. En compagnie d'un peintre subjugué par «un coin de terre aussi beau».

Lorsque les deux conservatrices du musée de Bucarest sont venues en Cornouaille repérer les lieux fréquentés par les peintres roumains fin XIXe-début XXe, elles ont été très émues de retrouver cette lumière si particulière autour de la chapelle», confie Margareth Le Guellec-Dabrowska, du Musée breton. La chapelle, c'est Notre-Dame-de-la-Joie à Penmarc'h. L'artiste roumain Stefan Popescu (1872-1948) en a réalisé une lumineuse huile sur toile (1904-1906). C'est à cette époque qu'il croise le peintre Lucien Simon (1861-1945) au bord de la mer, à Penmarc'h. «Lorsqu'il a vu Penmarc'h pour la première fois il a été ému jusqu'aux larmes. Il ne pense pourtant pas s'y installer pour une période plus longue, le lieu est trop triste pour ses nerfs. Il n'y a jamais passé plus d'une nuit», rapporte Popescu dans des notes prises en septembre1904 (*).

«Aussi fort caractère»

À Penmarc'h ce jour-là, Dana Crisan rapporte d'ailleurs que Simon aurait conforté la vocation paysagiste de Popescu. Une vocation née en Bretagne, du côté de Ploumanac'h dans les actuelles Côtes-d'Armor. «Je n'ai jamais vu dans ma vie un coin de terre aussi beau, aussi intéressant et avec un aussi fort caractère, et tu sais bien que j'ai beaucoup voyagé», écrit-il en 1901 ou 1902 à un certain Ipolit Strâmbu, peintre lui aussi. «Le mot biblique me semble le plus adéquat; tout semble créé de manière à t'inspirer quelque chose de légendaire, de saint, comme venant des temps primordiaux», insiste Stefan Popescu. Pas de vains mots de la part d'un artiste qui s'est aguerri au contact du mouvement socialiste roumain. Même, avec du recul, il s'est reconnu «quelques infamies», inspirées, à l'âge de 18-19 ans, de la «peinture... socialiste». Deux choses apparaissent certaines chez Popescu. On retrouve dans son huile sur bois «Bretonnes sur cale (Ile-Tudy, 1905-1906)» cette lumière si sablonneuse, un brin voilé, de la chapelle Notre-Dame-de-la-Joie. Les visages des Bretonnes ne sont pas figurés, comme si le lieu importait plus que les femmes. Tendance paysagiste confirmée dans le saisissant portrait d'un «Vieux pêcheur» breton (1913), dont le ciré et les traits semblent incroyablement se fondre dans les falaises et les embruns qui l'entourent.

(*) Cf «Peintres roumains en Bretagne» (Éditions palantines), p.59.

Source Le télégramme édition du 11 Août 2009

Publié dans Beaux-Arts de Quimper

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