Pont-Aven du musée au budget

Publié le par ebft


Sur les terres bretonnes, du côté de Pont-Aven, l’art de peindre a fait école. Gauguin hante les lieux. Un musée, apparu en 1985, ne cesse d’accumuler les toiles où d’éclatantes couleurs parsèment les courbes délimitées par le trait. Enchâssé sur la place du village, il se sent à l’étroit. Estelle Fresneau, son conservateur, nous rappelle que la gestion d’un musée s’apparente quelquefois à un art.


Comment est financé le musée ?

« Le musée de Pont-Aven est un musée municipal dont le budget annexe reste attaché au budget municipal. Le budget de fonctionnement est de l’ordre de 450 000 euros. Huit personnes y travaillent. Les dépenses de fonctionnement sont équilibrées grâce aux entrées et aux ventes. La fréquentation moyenne annuelle oscille entre 40 000 et 80 000 visiteurs. Les droits d’entrée sont de 4 euros plein tarif et de 2,50 euros pour les tarifs réduits. S’ajoutent les affiches et les catalogues liés aux expositions ainsi que la vente de cartes postales et de CD-Roms. »


Les fameux catalogues-expos de Pont-Aven

« Les catalogues ont participé à la réputation de ce musée. Nous proposons deux formats de catalogues : pour les expositions du printemps et de l’automne, le petit format est vendu entre 13 et 15 euros. Le grand format d’été se vend 27 euros en moyenne. Nous ne faisons pas appel à un éditeur. Le conservateur suit l’ensemble des opérations de prises de vue, de mise en pages, de graphisme et d’impression avec Alain Le Quernec qui a créé la charte graphique du musée. J’envisage à terme de vendre des produits dérivés car il existe une réelle attente. »


Et le budget des investissements

« Nous finançons nos investissements par le biais de plusieurs subventions publiques qui soutiennent les expositions temporaires et nous aident à l’acquisition et à la restauration. Grâce à l’appellation « Musée de France », nous bénéficions d’apports extérieurs publics. La moitié du financement provient de la commune de Pont-Aven à laquelle s’ajoutent les subventions de l’Etat à hauteur de 30%. Les 20% restants sont constitués par des subventions de la région et du Conseil général. L’association des amis du musée tient une place très importante en matière d’acquisition. Leurs ressources proviennent des adhésions payées par les membres (beaucoup de Parisiens et d’étrangers) dont certains sont de très grands collectionneurs. Le plus connu, Samuel Josefowitz, a donné plusieurs œuvres et manuscrits au musée. Ajoutons que le Crédit Mutuel de Bretagne joue un rôle de mécène en allouant une enveloppe à l’association des amis du musée qui la reverse au musée. Elle est de l’ordre de 40 000 euros par an. »


A combien s’élèvent ces investissements ?

« Le budget d’investissement s’élève à 200 000 euros auxquels il faut ajouter de nombreux dons. En vingt ans, 850 œuvres ont pu être acquises, ce qui est aussi dû à la générosité des donateurs. En septembre dernier, nous avons acheté quatre nouvelles pages du livre d’or de la pension Gloanec sur lesquelles on découvre les trois poèmes écrits par Alfred Jarry pour Paul Gauguin. Le musée n’ayant que vingt-deux ans d’existence, l’acquisition d’œuvres est complexe car la cote de l’école de Pont-aven ne cesse de grimper depuis trois décennies, néanmoins nous arrivons à accroître nos acquisitions de manière significative. »


Des achats intéressants ?

« En 2003, Pont-Aven a acheté un pastel de Gauguin. Il s’agissait de deux têtes de Bretonnes dessinées en 1894 en hommage au peintre Maxime Maufra. C’était le premier musée de province qui utilisait la nouvelle procédure de la loi sur le mécénat du 1er août 2003. Les budgets étant limités, nous ne pensions pas pouvoir acheter cette toile. Mais le conservateur de l’époque et l’association des amis du musée ont créé un club de mécènes « Mécénat Bretagne » qui existe toujours. Ayant réussi à rassembler les patrons d’Eurodif, le Crédit Mutuel de Bretagne, Verlingue et quelques autres, ils ont obtenu plus d’argent qu’il ne fallait. Une seconde œuvre « Rochers au bord de l’Aven » par Henry Moret a été achetée. De son côté, la ville avait organisé une souscription publique. Le jour de la vente à Brest, l’œuvre a coûté 480 000 euros, frais compris. Voyez, s’il s’était agi d’une huile sur toile, on aurait pu mettre un 1 devant… »


L’avenir

« Nous avons la volonté d’agrandir le musée par la création d’ailes nouvelles. Mais les capacités d’expansion étant limitées et très onéreuses, la question se pose de construire un nouveau musée. Il existe plusieurs possibilités sur les terrains appartenant à la commune de Pont-Aven ce qui permettrait d’avoir un grand parking. Aujourd’hui, les touristes font souvent deux kilomètres à pied pour arriver au musée. Les estimations sont à l’état d’études car le programme n’est pas arrêté. Nous n’aurons probablement pas de subventions européennes qui sont essentiellement tournées vers les pays de l’Est. Il s’agira d’un financement très lourd.


Patrick Simon

Publié dans musée de Pont-Aven

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