L'envers d'un musée (fin) : les dessins de la pénombre

Publié le par ebft

Dernier épisode de « L'envers d'un musée »


Le sixième et ultime épisode de notre série «L'envers d'un musée», est consacré à la collection de 2.000 dessins et 12.000 gravures du musée des Beaux-Arts de Quimper. Ces oeuvres de la pénombre connaissent des règles de conservation très strictes. Notre photo : un extrait d'un carnet de 41 dessins de Jean-Baptiste-Jules Trayer.



« Châteaulin » de Johan-Barthold Jongking, 1851. L'oeuvre, issue d'une collection particulière, a été achetée par le musée en janvier 2002. (Photo Musée des Beaux-Arts de Quimper)

Quelque 2.000 dessins et 12.000 gravures constituent la collection graphique du musée des Beaux-Arts. Une série d'oeuvres, de chefs-d'oeuvre parfois, que le public a peu de chance de découvrir, en nombre, dans les vitrines ou sur les murs du lieu. Il en va de leur pérennité. C'est le dernier volet de notre série « L'envers d'un musée ».

Les dessins, dans le jargon muséologique, recouvrent une multitude de genres artistiques, y compris, par exemple, des pastels, aquarelles ou gouaches, etc. Une réserve du musée des Beaux-Arts en regorge, scrupuleusement rangés, à plat dans des meubles à plans. Ou bien compilés, de façon peu ou prou anarchique, depuis des décennies, voire un siècle révolu, dans de grands albums gris bleu. Autant de créations, souvent de bien belle allure, parfois de grande valeur artistique, enfouies dans la mémoire du musée.

Exposés trois mois tous les trois ans

Enfouies, pour quelles raisons ? «Les dessins sont particulièrement sensibles à la lumière, indique le conservateur, André Cariou. Une règle veut qu'ils ne soient exposés à la lumière que trois mois tous les trois ans, à raison d'un éclairage de 50 Lux.» Evidemment, une règle aussi stricte ne s'avère que théoriquement observable, en tout cas pour les dessins les plus en vue de la collection du musée. Un exemple : des oeuvres de Jules Breton vont être exposées neuf mois consécutivement à Quimper, Arras et Reims. Ils connaîtront donc ensuite une période d'obscurité très longue, dans des conditions d'hygrométrie idéales.

L'acidité des supports abîme les dessins

La lumière ne constitue pas le seul facteur menaçant pour l'intégrité des dessins. La nature des matériaux utilisés en est un autre. «On sait qu'une aquarelle sera plus résistante au temps qu'une gouache, qui risque une dépigmentation progressive», éclaire le conservateur. Il est enfin un troisième facteur dégradant : l'acidité potentielle des supports des dessins. «Jusqu'à la fin du XVIII e siècle, on utilisait des papiers à base de tissu. Après, aux XIX e et XX e, on a eu recours à la pâte à bois, à l'acidité très prononcée», rappelle André Cariou.

Quatre sessions annuelles de restauration

De telle sorte que l'une des priorités du musée des Beaux-Arts, en matière de conservation préventive, réside dans une campagne de remplacement des supports actuels de plusieurs centaines d'oeuvres. Un travail, méticuleux et très long, effectué par une spécialiste du service de restauration des musées de France, selon un rythme moyen de quatre sessions annuelles. «Il s'agit en fait de décoller chaque dessin de son support, à l'aide d'un scalpel et de plusieurs techniques complémentaires, afin de les replacer sur un support au PH neutre, sans aucune acidité».

Conservation préventive à 30.490 Euros par an

Le travail de restauration coûte, chaque année quelque 30.490 Euros, dont 20 % à 30 % subventionnés par l'Etat. «Il en va de l'entretien de la collection assure le conservateur. La collection, même si elle semble sommeiller dans l'obscurité, est une chose vivante que l'on doit préserver, ce que l'on faisait peu il y a encore vingt ans». En vue de l'exposition «Gauguin et l'école de Pont-Aven», qu'il prépare pour avril 2003, André Cariou envisage par exemple de faire restaurer un double face (1) de l'artiste Paul Serusier.

(1) Cela signifie qu'il y a un dessin sur les deux côtés du support.

source Le Télégramme édition du 30 Août 2002

Publié dans Beaux-Arts de Quimper

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