L'envers d'un musée (4) Conservateur chasseur d'art

Publié le par ebft

« Le port de Camaret », de Jean-Antoine Théodore de Gudin, 1830. Le peintre a pris quelques libertés avec la réalité en éliminant toute la côte du goulet de Brest qui ferme l'horizon. (Photo Musée des Beaux-Arts de Quimper)

Gratuites (dons, legs, échanges, dépôts) ou onéreuses (achats), chaque année de nouvelles acquisitions viennent enrichir les collections du Musée des Beaux-Arts de Quimper. Comment et dans quelle optique s'opèrent-elles ? Réponses multiples d'un conservateur, qui, dans ce domaine, s'apparente parfois à un authentique chasseur d'art.

Chaque année, le musée des Beaux-Arts consacre en moyenne 76.225 euros à sa politique d'acquisition. Cela représente le dixième de son budget. 60 % des 76.225 Euros sont, en fait, pris en charge par l'Etat et la région, et le reste (30.490 Euros) par la ville de Quimper, propriétaire du lieu.

Chercher les occasions

Le conservateur, André Cariou, considère que «c'est peu, car nous aurions évidemment envie d'acheter plus de tableaux pour compléter nos collections. En même temps, relativise-t-il, il ne peut être question pour nous d'acheter un Gauguin à 45 M€. Et plutôt que de flamber, par exemple, avec l'achat un tableau onéreux des XVI e, XVII e ou XVIII e siècle, je préfère, sauf opportunité exceptionnelle, continuer à alimenter les collections qui font l'identité, la spécificité du musée : les fonds Max Jacob et ses amis et peintures d'inspiration bretonne. Dans ces domaines, on cherche les occasions.» Pour se faire, le conservateur consulte sans relâche les catalogues d'expositions, les revues spécialisées, entretient ses contacts avec des collectionneurs, conservateurs ou marchands d'art, etc. Par une voie ou une autre, il lui arrive de suivre la trace d'une oeuvre pendant des mois, voire des années, avant d'émettre une offre. Question d'intuition.

Cohérence des collections

Limité budgétairement, le conservateur flaire du côté des acquisitions gratuites. Les propositions de don et de legs ne manquent généralement pas. Aux particuliers, il préconise d'ailleurs les donations sous réserve d'usufruit. Reste qu'il en refuse très régulièrement. «C'est très difficile de dire non à des gens généreux, mais j'ai un impératif de qualité. Une pièce qui entre au musée y demeure pour l'éternité. Je dois veiller à l'intégrité et à la cohérence des collections». André Cariou, comme nombre de conservateurs, dispose d'un autre atout : les dépôts. Des oeuvres qui proviennent souvent de grands musées (Orsay, Louvre, Musée d'art moderne). Depuis dix ans qu'il dirige le musée, il estime avoir acquis quatre-vingt à cent peintures et dessins par ce biais. «Par l'intermédiaire du Fonds national d'art contemporain, qui gère aussi les oeuvres modernes en possession de l'Etat, j'ai par exemple retrouvé un Maufra dans le bureau d'un directeur du Trésor ou un Le Quesne placé en dépôt à Agen, que j'ai retrouvé sous la scène du théâtre !»

Echanges en vogue

Enfin, se développent de plus en plus les échanges entre musées. Plutôt que de laisser en réserve des oeuvres qui jurent dans leurs collections, les conservateurs préfèrent se les échanger. Les oeuvres y gagnent fréquemment un nettoyage, voire une restauration, et se glissent harmonieusement dans les collections respectives. L'important dans tout cela, «c'est que le musée vive : or un musée vivant, assure André Cariou, c'est un musée qui s'enrichit en permanence».

Source le Télégramme édition du 28 Août 2002

Publié dans Beaux-Arts de Quimper

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