L'envers d'un musée (2) : « Prêter, c'est communiquer » !

Publié le par ebft

Déballage des « Lavandières de la nuit » de Yan'Dargent, en coulisses du Musée des Beaux-Arts de Quimper. Le tableau fantastique arrive de Berlin; il est attendu en décembre à l'abbaye de Daoulas.

Vingt à trente oeuvres des collections du Musée des Beaux-Arts sont en permanence exposées ailleurs. France, Europe, Japon, Australie, Etats-Unis... des centaines de ses pièces voyagent chaque année. Dans et à quelles conditions ? Zoom sur la politique de prêt du musée. C'est le second volet de notre série « L'envers d'un musée ».

Un mardi matin. Dans un sas du Musée des Beaux-Arts, on déballe un grand format de Yan'Dargent, «Les lavandières de la nuit». Le tableau est arrivé la veille de Berlin (Allemagne), par transport spécial, comme chaque pièce qui entre et sort du musée. «Le caisson est conçu sur mesure et aménagé pour atténuer les vibrations et variations climatiques», commente Christian Cariou, un technicien du lieu. Les lumières et traits de l'oeuvre fantastique apparaissent bientôt au travers d'un film protecteur.

Refus une fois sur trois

«Le tableau a, paraît-il, connu un succès fou à Berlin, explique le conservateur, André Cariou. Les fantastiques du XIX e sont rares et très demandés». Ce sont tout autant les Chasseriau, Corot, Rubens Valenciennes, Lemordant, Breton, Fragonard, etc. qui font la notoriété du musée. Car, s'il prête autant à travers le monde, c'est bien parce que ses collections sont connues. «C'est aussi parce que nous avons la réputation d'être prêteurs, avance André Cariou, même si nous refusons en moyenne une demande sur trois». «Prêter c'est communiquer, se félicite le conservateur : un tableau exposé, c'est un tableau référencé dans un catalogue, et donc un tableau en vue». Prêter, c'est aussi se donner l'opportunité d'emprunter plus facilement à un autre musée, admet-il, car dans le milieu, le «troc» fonctionne plutôt bien. «Je prépare actuellement une exposition sur Gauguin et l'école de Pont-Aven qui sera montrée au Luxembourg, à Quimper et Naples en 2003-2004. Je demande un Gauguin au Metropolitan Museum of Art de New York (Etats-Unis). Je sais que je l'aurai d'autant plus facilement que je leur prête un Chasseriau («Portrait de Mademoiselle de Cabarrus») pour une exposition qui démarre le 21 octobre».

Préservation de l'oeuvre

Le «troc» et le relationnel fonctionnent donc bien, la volonté d'aider à monter une expo aussi, à condition qu'elle soit de qualité, et «non de circonstance». «Nous essayons de soutenir les structures moins riches que la nôtre, en particulier en Bretagne», avance André Cariou. Mais quel que soit le destinataire, il y a un préalable à tout prêt : la préservation de l'oeuvre. «Nous sommes très stricts sur les conditions de transport et d'accrochage. A chaque fois, on essaie de mesurer au plus juste l'intérêt qu'il y a à laisser partir une pièce. Pour certaines, trop fragiles, tout voyage est exclu». En décembre, «Les lavandières de la nuit» et trois autres réalisations de Yan'Dargent prendront, elles, le chemin de l'abbaye de Daoulas pour une exposition sur les fées.

Source Le Télégramme édition du 23 Août 2002

Publié dans Beaux-Arts de Quimper

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