La maison Marie-Henry s'ouvre... idéalement

Publié le par ebft

Au Pouldu, dans l'ambiance rustique qui accueillit jadis Gauguin et ses amis, la Buvette de la plage ouvre une fenêtre sur l'art idéaliste et mystique.

La fameuse maison Marie-Henry s'ouvre à nouveau idéalement cet été. Par une exposition où il va faire bon s'aventurer, dans les pas d'un certain Gauguin. Il fut un temps donné, faut-il le rappeler, où le peintre jouait les habitués de la Buvette de la plage. Tout cela nous renvoie quelques lustres en arrière, du côté de 1889. Année où débarqua l'artiste à l'improviste, avec un bon copain, Jacob Meyer de Haan. Qui se sont appliqués à dépoussiérer le décor traditionnel. Métamorphosée de pied en cap, la salle à manger de la vieille auberge s'en trouva fort aise. Sur cette route des peintres en Cornouaille, bon nombre suivirent. Il y eut là Sérusier, Charles Filiger, Charles Laval, Maxime Maufra, Emile Bernard, Henri Moret, Wladislaw Slezvinski... Dommage d'en passer, convenons-en, mais nous y reviendrons. Le temps faisant son oeuvre, la buvette fut transformée par ses propriétaires successifs, déplacée dans la bicoque voisine et totalement reconstituée, grâce à l'association des Amis de la maison Marie-Henry. Quelque 130 oeuvres originales (qui constituent la collection éponyme) n'y sont aujourd'hui plus conservées à demeure. Mais sont visibles dans les plus grands musées du monde. Les oeuvres des maîtres d'hier, qui donnèrent un vrai coup de pouce à l'avènement de l'art moderne, ont été reproduites et remises à leur juste place, dans le mobilier d'époque.

L'art, à deux pas de la plage

Voilà pour le cadre global. Mais ce qui occupe aujourd'hui tout amateur d'art éclairé, et ce tout l'été, c'est bien la nouvelle expo qui a posé ses valises (et chevalets...) dans ladite auberge d'autrefois. Ces jours derniers, on en faisait l'inauguration en bonne et due forme, du rez au grenier, comme on dit. Dans ce cadre enchanteur, à deux pas des falaises et des plages du Pouldu, ont trouvé refuge tous les ingrédients de l'art idéaliste, qui poussa sans frémir les murs d'une peinture académique, bourgeoise et stérile. Des peintures, gravures, des documents rares et inédits, clefs d'un bouillonnement artistique qu'on appela les Nabis. Avec leurs figures de proues, preux défenseurs de l'art « idéaliste ». On vous cite là, pêle-mêle, Bonnard, Vuillard, Maurice Denis, Ranson, Verkade, Ballin, Filiger, Vallotton, Delville, Fabry, Schwabe... Du côté du Pouldu, on lit, on écrit, on pense, on s'essaie, on divague, on peint, on étudie, on philosophe à tour de bras... Les rêves des uns se matérialisent. Les émotions deviennent couleurs pures, formes harmonieuses, inspirées d'un art planétaire qui veut se défaire des frontières. Ces artistes-là s'autoproclament « prophètes d'un nouvel ordre pictural ». De leur base aux effluves maritimes, ils navigueront des années durant, de Pont-Aven à Paris et vers d'autres horizons encore plus surréalistes. À deux pas de la plage, en cet été 2006, un petit retour sur cet idéalisme enflammé s'impose, pour mieux comprendre les ferments d'une Europe de l'art qui ne rêvait alors que de frontières évaporées.

Pierre WADOUX.

source Ouest France édition du 12 Juillet 2006

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